Pourquoi écrire ?

À l’école, du début où l’on apprend à lire et à écrire jusqu’à la fin où on découvre avec plaisir (ou pas) les merveilles qui ont été créées et que nous pouvons créer avec notre belle langue française, nous comprenons l’intérêt d’écrire. Nous ne faisons que ça d’ailleurs, même en math, c’est l’autre façon avec la parole de communiquer avec les professeurs. À partir de ça, ils nous jugent, nous observent, ils nous cotent. L’intérêt est clair. Mais après l’école?

À l’heure des réseaux sociaux, des courriels, des textos, autres messageries et autres moyens de communication écrite, nous ne cessons d’écrire finalement. Nous ne nous posons pas la question de savoir pourquoi, c’est devenu instinctif et rapide. Évidemment, nous n’écrivons pas « dans les règles », ce n’est pas une belle langue, et nous nous en foutons pas mal franchement lorsqu’il s’agit d’avertir son cher mari que le petit a une grosse chiasse diarrhée ou informer son amie que « putain, il est trop beau! » avec plein de cœurs amoureux à la suite.

Mais écrire dans l’aspect solennel du geste? Au vu du nombre de blogs et sites personnels qui existent sur la toile, le geste reste encore bien ancré dans nos habitudes. Les Youtubeurs et influenceurs vidéo existent, mais le support premier du web reste majoritairement l’écrit. J’ai alors tenté de lister les raisons d’écrire. Maladroitement. Pourquoi écrire?

Pour informer d’un fait divers. Les médias d’information se sont convertis aux nouvelles technologies, mais le support reste l’écrit.

Pour exprimer ce que le cœur ne peut pas dire à l’oral, pour se soulager. L’écriture est une thérapie comme une autre.

Pour dire « je t’aime ».

Pour se raconter ou pour raconter les autres.

Pour laisser une trace. Socrate était contre l’écriture parce que les mots écrits étaient sans profondeur ni nuance et parce que le texte échappait alors à son auteur lors de sa diffusion. Il privilégiait l’oral qui de plus entretenait mieux la mémoire. C’est d’ailleurs à cause de ça qu’une partie des œuvres et récits antiques ne nous sont pas parvenus.
Mais l’Homme a ce besoin de laisser une trace éternelle à l’humanité, même si c’est pour dire qu’il a terrassé un dragon.
Remarque à part : En parlant de traces, il faut absolument mettre à l’honneur la littérature des… chiottes des établissements HORECA. C’est un endroit de magie, d’aphorismes géniaux. Entre les « Nico a fait pipi ici le 19/03/17 » et « Julien, je t’aime. Lili 17/12/18 », prenez le temps de lire les courtes phrases pleines de sens selon l’inspiration de leur auteur.

Laisser une trace donc pour aussi transmettre aux générations futures d’abord notre culture, notre mode de vie, notre religion, notre philosophie, nos connaissances acquises, et aux générations très lointaines qui étudieront nos textes même les plus cons et inutiles (pensez-y quand même lorsque vous publiez vos idéologies et doctrines insensées) et qui se feront une idée, une théorie à partir de tout ce qu’on aura laissé (ouaip ! Même vos maisons « design » dégueulasses et vos petits objets ridicules laissés dans les cercueils de vos chers disparus). Pensez-y ! Ce serait farfelu s’ils disaient de notre civilisation dans deux ou trois mille ans qu’« ils vivaient dans des maisons en cube sans fenêtres et qu’ils laissaient des smartphones et des selfies animaliers dans leurs tombes ». Pareil pour les prénoms ridicules de vos enfants, sortis de vos cerveaux certes très imaginatifs, mais aussi très limités, comment voulez-vous que les futurs archéologues et philologues puissent y voir une quelconque logique ou symbolique ? (Par exemple extrait du livre « Qui étaient les Européens du troisième millénaire? », publié en 6096 : « Clitorine » et « Vagina » étaient-elles des déesses ? Leurs noms sont issus directement de mots désignant des parties de l’appareil génital féminin. Elles devaient dès lors symboliser la fécondité. Nous avons retrouvé un très vaste ensemble de documents iconographiques appelés « selfie » dans un site de sépultures près de Maubeuge, France, où elles sont représentées par des femmes avec des oreilles et un museau de chatte. Le terme « chatte » nous ramène encore à l’appareil reproducteur féminin… Etc.)

Par obligation, pour communiquer par exemple avec nombre de fournisseurs (Internet, électricité, téléphone, TV…) sans doute aussi pour laisser une trace mais dans un sens juridique.

Par convention, puisque souvent nous envoyons pour postuler à un emploi une lettre de motivation avec le CV. Nous envoyons encore des faire-parts divers pour les grandes occasions de la vie : mariage, naissance, décès, anniversaire, même s’ils sont remplacés parfois par des événements Facebook (par écrit également de toute façon).

Enfin, pour le plaisir. Pour utiliser cette magnifique langue qu’est le français, parce que ce serait dommage de ne pas contribuer à son évolution depuis le latin et le grec, entre autres. Il paraît que c’est une langue difficile alors, francophones, profitons-en ! Faisons évoluer encore cette langue, faisons-la exister (à côté de l’anglais qui tenterait de prendre un monopole) et exposons-la au monde entier ! Utilisons-la pour toutes les raisons que j’ai tenté ici de lister et pour toutes celles que j’ai oubliées ! Écrivez-la tout simplement.


Chère vous – Lipogramme (1)

Chère demoiselle,

Vous, moi, nous, jeu, thème… voici l’essentiel de cette lettre puisque c’est le moment, je crois, de vous envoyer quelques mots pour cette tendre fête du mois de février.

Depuis tout ce temps, nous nous voyons peu donc nous discutons énormément, nous nous comprenons, nous nous estimons, nous nous complétons. Nous jouons, nous nous effleurons du bout des doigts seulement. Comme vous êtes douce !

Nous nous écrivons souvent or je découvre une demoiselle de plus en plus merveilleuse de jour en jour. De plus en plus, je vous veux. Vous. Rien que vous. Tout entière. Tout pour moi, rien que moi. Des sentiments profonds se confondent, tournent, virevoltent. Je rêve. Je vole. Je bouillonne. Je vous rêve, je vous vole, je vous enlève sur une monture, je vous peins sur les murs. Un pêle-mêle en couleurs splendide de peintures immenses de vous. Rien que vous. Juste vous. Comme vous êtes belle !

Je ne puis utiliser toutes les voyelles, du coup des mots me sont interdits, comme ces mêmes mots me sont interdits le reste du temps, puisque vous n’êtes point mienne encore. Bien sûr, j’eusse pu vous inventer des mots que nous deux seuls pourrions comprendre comme un secret, toutefois, ils ont plutôt été substitués. Voici donc ce petit jeu. Remettez en mes propos tous les mots interdits que vous pourrez y entrevoir, ceux que vous désirez, ceux qui vous séduisent. Choisissez-les bien, prenez uniquement ceux qui viennent directement de votre coeur ou du mien. Ceci est notre secret. Les fleurs, les bijoux, les douceurs sucrées, vous le devinez, sont trop convenus. Je préfère les mots et me tenir loin de ces coutumes usées.

Je ne suis sûr de pouvoir rester encore longtemps loin de vous. Existe-t-il un jour où nous serons enfin réunis ? Ensemble pour toujours ?

Rendez-vous vendredi soir sous le cerisier où nous nous sommes rencontrés pour notre première fois.

Mille tendresses,

Votre cher et tendre.

P. S. : Lorsque vous m’offrirez le bonheur en ce vendredi de vous revoir enfin, peut-être pourrions nous songer de cesser de nous vouvoyer ?


(1) en [a]. Il s’agit d’un exercice très ludique. Les tournures de phrase, le vocabulaire… tout nous pousse à réfléchir et écrire autrement. Je vous le conseille. Voici la consigne : écrire une lettre d’amour sans utiliser la lettre [a]. Pour corser un peu, évitez d’utiliser le mot “tu” et “on”, vous obtiendrez une correspondance amoureuse d’une autre époque.

Depuis toi

Si les arbres perdent leurs feuilles quand l’automne revient
C’est pour moi te voir venir d’encore plus loin
Si ces feuilles rougissent en tas tout le long des chemins
C’est parce que tu les as touchées du bout de tes mains
Si la brume nous enveloppe quand on marche le matin
C’est pour nous dérober au monde qui nous soutient

Si la neige en hiver accueille l’empreinte de tes pas
C’est pour moi te retrouver quand tu es loin de moi
Si les lacs se transforment en plateaux d’argent froids
C’est pour que tu t’y mires dans les plus beaux éclats
Si les nuits de décembre semblent toujours plus longues
C’est pour que nos rêves se rejoignent sur le toit du monde

Si le printemps voit ses prés à nouveau refleurir
C’est pour que je puisse y cueillir des bouquets à t’offrir
Si le soleil couchant rougit de confusion
C’est parce qu’il a vu le vent soulever ton jupon
Si ce vent bruit les feuilles le long du ruisseau
C’est pour t’éveiller en douceur quand le jour se fait beau

Si les champs de l’été revêtissent leur manteau d’or
C’est pour te le prêter quand l’orage est trop fort
Si les chaleurs sont fortes au point de faire un ciel tout bleu
C’est pour que tu te dénudes, quel plaisir pour mes yeux !
Si les nuits sont tièdes et surtout étoilées
C’est pour qu’on s’endorme dehors sur un lit de rosée

Que portent dans leur rivière les mots que voilà
Les larmes de bonheur que je verse depuis toi

de Pxhere.com

Tout nous oppose

Il est étrange ce lien qui nous assemble. Il est fort ce lien qui nous rapproche. Il est beau mais très difficile à expliquer. Il est obscur et mystérieux.

Il est étrange parce que tout nous oppose. Tu veux du thé, moi du café. Tu aimes le chaud, je préfère le froid. Tu es tactile, “ne me touchez pas !” Tu es naïve, je suis défiant.

Tu es très volubile, moi, il faut quasiment me sortir les mots de la bouche. (C’est vrai que tu es très bavarde, il faut l’avouer. Tu parles pour deux, mais ça me va. Et puis, je déteste le silence.)

Tu aimes l’ordre et le prévisible, et c’est difficile de t’initier au moindre changement. Pour moi, c’est l’imprévu qui rythme le pouls. Et même, je voudrais être le grain de sable qui enraye ton mécanisme, qui modifie le cours des choses juste pour que tu aies le plaisir de voir ce que ça donne. Le revers de la médaille, c’est l’impossibilité pour moi de songer à une vie bien rangée, tranquille, pépère, dans laquelle tout est prévu jusqu’à la couleur du papier peint de la chambre dans quinze ans. Je pourrais décider demain matin de partir à l’aventure, un road trip sans connaître ni durée ni direction, alors que toi, tu as déjà réservé tes vacances pour l’année prochaine.

Tout nous oppose, oui mais pourtant… tu es la belle, MA belle, je suis la bête. Je suis le ciel, tu es la terre. Je suis le sujet, tu es le verbe. Moi, sel, toi poivre, noir et blanc, vanille et chocolat, Tic et Tac, etc. Il y a encore des tas d’exemples d’inséparables comme ceux-là. Ce que je veux dire, c’est que l’un ne va pas sans l’autre. L’un n’a même aucune raison d’être sans l’autre. Une symétrie axiale : les figures sont opposées, avec l’axe qui les sépare, mais elles sont semblables. Tu es l’air et je suis feu, et quoi qu’il en soit, l’une attise l’autre et vice-versa. C’est même intense d’imaginer la puissance en nous combinant à l’extrême : une tornade de feu, jusqu’au nuage de feu où même des éclairs se produisent. Rien ne nous arrêterait. Imagine comme ce serait intense ! Ça l’est déjà en fait parce que… tu aimes le chaud et moi le froid. On va chercher dans l’autre ce dont on a besoin dans une parfaite réciprocité, en symbiose.

Alors, ma belle, reste volubile, au sens botanique du terme. Je serai ton support. Ce sera ma raison d’être, ma raison de vivre, en fonction de toi. Je serai ton support. Mais promets-moi d’inverser les rôles de temps à autre pour que moi aussi je puisse m’enrouler autour de toi et t’envelopper.