Publié dans Atelier d'écriture, Lettres non envoyées

Chère vous – Lipogramme (1)

Chère demoiselle,

Vous, moi, nous, jeu, thème… voici l’essentiel de cette lettre puisque c’est le moment, je crois, de vous envoyer quelques mots pour cette tendre fête du mois de février.

Depuis tout ce temps, nous nous voyons peu donc nous discutons énormément, nous nous comprenons, nous nous estimons, nous nous complétons. Nous jouons, nous nous effleurons du bout des doigts seulement. Comme vous êtes douce !

Nous nous écrivons souvent or je découvre une demoiselle de plus en plus merveilleuse de jour en jour. De plus en plus, je vous veux. Vous. Rien que vous. Tout entière. Tout pour moi, rien que moi. Des sentiments profonds se confondent, tournent, virevoltent. Je rêve. Je vole. Je bouillonne. Je vous rêve, je vous vole, je vous enlève sur une monture, je vous peins sur les murs. Un pêle-mêle en couleurs splendide de peintures immenses de vous. Rien que vous. Juste vous. Comme vous êtes belle !

Je ne puis utiliser toutes les voyelles, du coup des mots me sont interdits, comme ces mêmes mots me sont interdits le reste du temps, puisque vous n’êtes point mienne encore. Bien sûr, j’eusse pu vous inventer des mots que nous deux seuls pourrions comprendre comme un secret, toutefois, ils ont plutôt été substitués. Voici donc ce petit jeu. Remettez en mes propos tous les mots interdits que vous pourrez y entrevoir, ceux que vous désirez, ceux qui vous séduisent. Choisissez-les bien, prenez uniquement ceux qui viennent directement de votre coeur ou du mien. Ceci est notre secret. Les fleurs, les bijoux, les douceurs sucrées, vous le devinez, sont trop convenus. Je préfère les mots et me tenir loin de ces coutumes usées.

Je ne suis sûr de pouvoir rester encore longtemps loin de vous. Existe-t-il un jour où nous serons enfin réunis ? Ensemble pour toujours ?

Rendez-vous vendredi soir sous le cerisier où nous nous sommes rencontrés pour notre première fois.

Mille tendresses,

Votre cher et tendre.

P. S. : Lorsque vous m’offrirez le bonheur en ce vendredi de vous revoir enfin, peut-être pourrions nous songer de cesser de nous vouvoyer ?


(1) en [a]. Il s’agit d’un exercice très ludique. Les tournures de phrase, le vocabulaire… tout nous pousse à réfléchir et écrire autrement. Je vous le conseille. Voici la consigne : écrire une lettre d’amour sans utiliser la lettre [a]. Pour corser un peu, évitez d’utiliser le mot “tu” et “on”, vous obtiendrez une correspondance amoureuse d’une autre époque.

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