La magie de Noël

D’abord, on choisit et on coupe le sapin, le plus vert, le plus élégant, le plus beau – il faudra d’ailleurs m’expliquer comment c’est possible que chaque famille possède le plus beau. Un arbre qu’on arrache à la terre à tout jamais pour en profiter quelques semaines, en râlant parce qu’il perd ses aiguilles ou parce qu’il ne sent plus assez le sapin — essaie un peu de rester trois semaines sans boire, on verra de quoi tu as l’air ! —, pour ensuite le jeter. Je vous épargne le plaisir lorsqu’on le décore de la guirlande de lumières à mille nœuds ou, mieux encore, lorsqu’au tout début on part en mission, à la cave ou au grenier, à la quête du Graal : la fameuse boîte de rangement des décorations de Noël. Il faudrait équiper ce machin d’une balise GPS ou d’un signal sonore qui s’accentue à son approche. Sans ça, on est condamné à racheter des boules tous les ans.

Avec ceci, il y a ces décorations lumineuses qu’on exhibe sur sa devanture, avec mauvais goût et le plus souvent à outrance. Et les premiers à râler parce que le prix de l’électricité a encore augmenté sont aussi les premiers à arborer leurs guirlandes de loupiotes multicolores. Sans déconner, tu te passerais bien de ton renne grandeur nature qui tire le traineau du père Noël et qui clignote bleu, et qui me fait chier parce que je crois toujours à un combi de flic en plein contrôle ?

Il y a ensuite la course aux cadeaux, toujours à la dernière minute, sans cela ce n’est pas drôle ! Je vous rappelle le supplice des musiques de Noël qui tournent en boucle dans les magasins et qui vous enfoncent dans la tête ces petites mélodies de merde à tout jamais.
Dénicher le truc parfait qui restera ensuite dans les armoires du destinataire. Un laid pull, une moche cravate, un parfum qui pourrait servir de désodorisant pour chiottes, une chemise trop courte ou un pantalon trop grand… c’est vrai que c’est difficile à trouver ! Il faudrait aussi penser à s’entraîner devant le miroir pour avoir l’air étonné et ravi lorsqu’on reçoit ce même type de cadeau parce que, mine de rien, ça se voit qu’on fait semblant. Un Noël sans cadeau, ce serait tout aussi bien et ça n’emmerderait personne.

Il y a aussi la joie d’être ensemble, en famille, avec le plaisir de revoir les gens qu’on ne voit pas le reste de l’année. C’est presque obligatoire ; puisque c’est Noël, on doit être heureux ensemble. Tonton a déjà sifflé deux bouteilles de pinard avant de venir et drague lourdement sa belle-sœur ? Ce n’est pas grave ! Papy n’en a rien à foutre qu’on soit tous réunis dans l’autre pièce, tout ce qu’il l’intéresse est l’émission de Sébastien — enregistrée au mois de septembre — qui passe à la télé, parce qu’il y a des mères Noël en tenue légère qui dansent avant chaque pub ? Ce n’est pas grave ! C’est sans doute la dernière année que Louis passe les fêtes avec nous, car son cancer lui bouffe de plus en plus l’intérieur du corps ? Ce n’est pas grave, on est heureux ensemble, c’est ça la magie de Noël !

Enfin, il y a le succulent repas que tantine a préparé. On s’en fout plein la panse, en période de fêtes on peut se laisser aller à quelques excès. Foie gras, gibier, truffe, bûche, champagne, etc. Et on bouffe des pâtes à la fin de chaque mois de l’année en ramassant les centimes oubliés dans les poches… Tantine, elle, s’affaire tellement à la cuisine qu’elle ne profite de rien. Comme chaque année, on l’a désignée par défaut « cheffe » parce que « t’aimes bien cuisiner, non ? ». Elle n’oserait pas renoncer à sa passion pour la cuisine, si ?Alors, en savourant un bon café Douwe Egberts — parce qu’ils offrent deux tasses aux sans-abris quand on achète un paquet au moment des fêtes, le reste du temps ils peuvent crever —, je me dis que, cette année, je me passerais bien de la magie de Noël. Et pourtant… Je sais qu’elle est toujours là quelque part, que je la ressentirai à nouveau et qu’elle me réchauffera le cœur.
Je dois avouer que les décorations lumineuses apportent de la féerie et de la magie à cette période de Noël. Les marchés de Noël et les lumières qui se reflétaient dans tes yeux tout brillants de froid et d’émerveillement, quand tu te blottissais contre moi… je veux les revoir.
L’émotion et l’innocence que pourrait ressentir une petite fille quand on met la flèche tout au-dessus du sapin en guise de touche finale et magique, et qui se voyaient dans tes yeux quand tu te blottissais contre moi… je veux les revoir.
Je veux la revoir la magie de Noël. Même si ce n’est plus dans tes yeux.
Je veux ressentir la chaleur humaine quand on partage le repas de réveillon en famille, malgré les chaises vides.
Je veux aimer. Je veux profiter de cette période autour de l’évènement le plus beau d’une religion : Dieu qui s’est fait homme. Je veux l’Amour, loin de toutes ces considérations commerciales et hypocrites qu’est devenue cette fête de Noël.

Elle

On ne peut pas dire qu’on soit proche. On ne peut pas dire qu’on soit inconnu. On est au milieu. Voilà, à presque égale distance des deux. Mais les deux à la fois aussi. Proches parce qu’on se comprend, parce qu’on est habité par les mêmes craintes, les mêmes désespoirs. Ce sont les mêmes sujets […]

Suspendre le temps

Je suis sûr qu’il y a quelque part dans le monde, dans un labo miteux, dans une cave sombre ou dans une pièce quelconque, mais un peu glauque, des scientifiques, des savants fous et des amateurs férus d’expériences farfelues qui cherchent à trouver une potion, une formule ou un moyen physique pour suspendre le temps ; […]

Les antidépresseurs

J’ai fêté un anniversaire récemment. Tout seul, sans chichi, puisque personne n’était au courant. Ça a fait un an que je ne prends plus d’antidépresseurs ni d’anxiolytiques ni d’autres calmants. C’est l’occasion de faire un bilan de cette période difficile de ma petite vie.

Quand je dis que personne n’était au courant, ce n’est pas tout à fait vrai, il y avait évidemment quelques amis proches qui le savaient que j’étais « sous traitement » puisqu’ils m’avaient épaulé durant cette période. Mais ils n’étaient évidemment pas au courant du suivi médical ni des doses de médocs que je prenais — honnêtement, qui se soucie du nombre de médicaments que prend son ami ?

Lorsque je regarde en arrière, cette période noire me semble bel et bien passée. Avec les séances chez la psy, j’ai pu identifier ce qui m’avait foutu dans le trou et j’ai sans aucun doute fait des efforts pour remonter la pente petit à petit. Mais je ne sais toujours pas qu’est-ce qui a fait que tout à coup tout est devenu sombre et gris, sans l’espoir d’une petite éclaircie. Un petit peu de tout sûrement. D’ailleurs, est-ce bien nécessaire de revenir là-dessus ? Je ne crois pas. L’essentiel est que tout ce bordel émotionnel à l’intérieur de moi se soit sinon dissipé au moins remis en ordre.

Mais quand même, je trouve toujours étrange — et fascinant — ce mécanisme de l’esprit humain de tout plonger dans le noir lorsque les quotidiens deviennent trop lourds à porter. Ce n’était pas que mental d’ailleurs, le physique en a pris un coup aussi : grosse perte de poids due au manque d’appétit, corps à l’aspect abattu, cernes monstrueux à cause du manque de sommeil… et aussi alcoolisme pour noyer tout ça et m’assommer.

Au début, je ne voulais pas de médicaments pour traiter ce mal-être. Je croyais que ça allait faire de moi quelqu’un d’artificieusement heureux. Mais j’étais tellement abattu physiquement qu’il fallait quelque chose d’autre que la parole pour redresser ma vie. D’abord, ce sont les anxiolytiques et les autres calmants qui agissent. J’ai dormi beaucoup, mais j’ai pu grâce à eux retrouver un rythme normal — non, vraiment, s’endormir à 6 h du matin pour se réveiller à midi au moins, ça n’aidait pas à une vie normale. Surtout que j’étais en couple durant cette longue période sombre. Elle n’a pas su gérer le désastre, mais personne n’aurait pu gérer ça tout seul, je crois. Elle n’est pas non plus responsable de ma descente, ou alors très peu. Comme je l’ai écrit plus haut, ce mécanisme est complexe et j’étais une autre personne pas très charmante ni agréable à vivre. Au mieux, je peux la remercier d’être restée à mes côtés malgré tout, même si mes déboires l’ont poussée à s’éloigner par après.

Les antidépresseurs ont commencé à agir une vingtaine de jours après la première prise avec, à mon grand étonnement, aucune sensation d’euphorie artificielle. Puisque j’avais commencé les séances chez la psy entre temps, je commençais vraiment à me redresser. Physiquement aussi, mon corps avait repris une carrure normale, sans épaules avachies, sans tête rabaissée.

Les séances chez la psy ont été très vite fructueuses. Moi qui suis pourtant d’un naturel taiseux, j’ai pu exprimer tout mon mal-être et mon ressenti sans aucun jugement — c’est son boulot, je sais, mais je tiens quand même à la remercier.

Aujourd’hui, j’arrive donc à me passer des antidépresseurs pour vivre normalement. J’étais toujours sous traitement lorsque ma compagne (que j’évoquais plus haut) m’a quitté. J’ai vécu cette séparation comme n’importe quel couple qui se sépare, douloureusement évidemment, mais sans excès ni redescente aux enfers.

Alors, j’ai fêté cet anniversaire parce qu’il me tenait à cœur. Je vois le chemin parcouru, je vois les douleurs ancrées, mais éteintes, je vois ce que le monde a de plus beau.

Je ne peux pas dire que je suis sorti à tout jamais de la dépression, je sais que je peux être fragile. J’ai par contre les armes pour la contrer. Le tunnel n’a toujours pas d’éclaircie au bout, mais au moins je suis sûr maintenant qu’il y en aura.

Je sais que je peux compter sur mes quelques amis (il n’en faut pas plus) de toujours. Je sais aussi que je peux compter sur une amie en particulier. Mais le mot « amie » est faible, elle est ce qu’il y a de meilleur dans ce monde, elle est surtout ce qu’il y a de meilleur pour moi. Je veux maintenant lui donner le meilleur de moi, j’en suis désormais capable.

On ne vit qu’une fois et c’est déjà bien assez.