Je ne suis pas quelqu’un pour toi

Je ne suis pas quelqu’un pour toi.

Je ne suis pas fiable, je ne suis pas sain, je ne suis pas constant, je ne suis pas bien.

Je suis dans mon monde et si jamais tu veux en faire partie, un jour, je ferais certainement en sorte que tu t’y sentes mal à l’aise. C’est instinctif, c’est une arme de défense : je ne te donnerai jamais l’occasion d’utiliser contre moi ce qu’il y a en moi au plus profond.

Bien sûr, je vais t’aimer, tu te sentiras importante, comme une princesse, au début. Mais tu devras me dompter, dompter mes envies subites, mes besoins d’aventures nouvelles, etc, etc. Je sais comment je fonctionne depuis le temps. Pas de projets, rien que des décisions subites que l’on pourrait dire égoïstes même.

Bien sûr, rien ne sera pareil d’un jour à l’autre, on rigolera, on pleurera, on profitera sans penser à demain. Sans doute cet aspect aspect sera agréable, mais rien ne garantit que ce sera comme ça tous les jours.

Bien sûr, je serai amoureux, mais possessif et jaloux, tu seras tout pour moi jusqu’à ce que tu mettes en doute tout ça. Et tu souffriras.

Non, vraiment, je ne suis pas quelqu’un pour toi.

Evite-moi, fuis-moi, ne me choisis pas.

Publié dans Atelier d'écriture, Lettres non envoyées

Chère vous – Lipogramme (1)

Chère demoiselle,

Vous, moi, nous, jeu, thème… voici l’essentiel de cette lettre puisque c’est le moment, je crois, de vous envoyer quelques mots pour cette tendre fête du mois de février.

Depuis tout ce temps, nous nous voyons peu donc nous discutons énormément, nous nous comprenons, nous nous estimons, nous nous complétons. Nous jouons, nous nous effleurons du bout des doigts seulement. Comme vous êtes douce !

Nous nous écrivons souvent or je découvre une demoiselle de plus en plus merveilleuse de jour en jour. De plus en plus, je vous veux. Vous. Rien que vous. Tout entière. Tout pour moi, rien que moi. Des sentiments profonds se confondent, tournent, virevoltent. Je rêve. Je vole. Je bouillonne. Je vous rêve, je vous vole, je vous enlève sur une monture, je vous peins sur les murs. Un pêle-mêle en couleurs splendide de peintures immenses de vous. Rien que vous. Juste vous. Comme vous êtes belle !

Je ne puis utiliser toutes les voyelles, du coup des mots me sont interdits, comme ces mêmes mots me sont interdits le reste du temps, puisque vous n’êtes point mienne encore. Bien sûr, j’eusse pu vous inventer des mots que nous deux seuls pourrions comprendre comme un secret, toutefois, ils ont plutôt été substitués. Voici donc ce petit jeu. Remettez en mes propos tous les mots interdits que vous pourrez y entrevoir, ceux que vous désirez, ceux qui vous séduisent. Choisissez-les bien, prenez uniquement ceux qui viennent directement de votre coeur ou du mien. Ceci est notre secret. Les fleurs, les bijoux, les douceurs sucrées, vous le devinez, sont trop convenus. Je préfère les mots et me tenir loin de ces coutumes usées.

Je ne suis sûr de pouvoir rester encore longtemps loin de vous. Existe-t-il un jour où nous serons enfin réunis ? Ensemble pour toujours ?

Rendez-vous vendredi soir sous le cerisier où nous nous sommes rencontrés pour notre première fois.

Mille tendresses,

Votre cher et tendre.

P. S. : Lorsque vous m’offrirez le bonheur en ce vendredi de vous revoir enfin, peut-être pourrions nous songer de cesser de nous vouvoyer ?


(1) en [a]. Il s’agit d’un exercice très ludique. Les tournures de phrase, le vocabulaire… tout nous pousse à réfléchir et écrire autrement. Je vous le conseille. Voici la consigne : écrire une lettre d’amour sans utiliser la lettre [a]. Pour corser un peu, évitez d’utiliser le mot “tu” et “on”, vous obtiendrez une correspondance amoureuse d’une autre époque.

Quand tu danses

Goldman chante :

“J’ai fait la liste de ce que qu’on ne sera plus”

“Mais que deviennent les amoureux perdus ?”

“Amis non, ni amants, étrangers non plus”

“Mais quel après après s’être appartenu ?”
(dans “Quand tu danses”, album En passant, 1997)

Dieu sait combien je l’ai écoutée cette chanson, comment ses mots ont résonné et m’ont tiré des larmes. Et ces questions… sur le moment, je voulais que quelqu’un y réponde absolument, pour que je sache à quoi m’attendre, pour que je ne reste pas là comme un con à ne plus savoir quoi faire. Tu ne m’aidais pas non plus. Du haut de ton indifférence naissante, de ta présence lointaine si proche et réconfortante autrefois, tu m’observais et tu ne savais pas répondre à ces questions non plus. C’est ça que tu voulais de toutes façons : partir sans te retourner, sans regrets.

Je sais maintenant y répondre en partie. Amis ? Non. Amants ? Sûrement pas. Etrangers ? Oui. Il n’y a pas d’après. Après s’être appartenu, on ne s’appartient plus et c’est tout. Bien sûr, au tout début, je regardais d’un oeil, au loin ou par l’intermédiaire des autres, ce que tu faisais. Il y a une sorte de bienveillance qui survit aux cendres et qui traîne un peu hagarde. Je crois qu’on reste un peu attentif au devenir de l’autre, on ne voudrait pas qu’il sombre.

Et pourtant moi, j’ai sombré. “N’être plus rien après tant, c’est pas juste”. Ces mots qui rimaient avec toujours comme autant de promesses, ces gestes… rien n’avait jamais existé pour toi, ni par la force des choses pour moi. Nous deux seuls étions les témoins de ces années en commun. Puisque toi tu as tout zappé, pourquoi, pour qui devrais-je encore m’en rappeler ? Ce qui reste ancré à présent, c’est le mal que ça fait de tout perdre.

Ça rend même inutile toute relation future. J’ai maintenant un coeur qui n’aimera plus. Les “toujours”, les “jamais”, les promesses de toute une vie ensemble, les “nous deux, c’est différent” (pour citer à nouveau Goldman) sont devenus tellement ridicules.

Je te l’avais pourtant dit, mon ange : “c’est toi ou personne d’autre”. Tu ne m’as pas cru.

“Quand tu danses, y songes-tu ?”