La nuit profonde

Dans ma cabane de solitude et de tristesse, tu as débarqué comme le soleil. D’abord timidement, comme les premières lueurs de l’aurore. Puis, tu as éclairé toute la pièce et tout mon être de ta lumière, tu les as réchauffés de ton feu.
Alors, je crains la nuit profonde, où tu disparaitras comme tu es arrivée. Lentement. Sûrement.
Mon antre redeviendra sombre et froid, silencieux et triste, un abîme sans fond. Et moi aussi.

À moins que tu sois de celles qui partent et reviennent dans un jeu sans fin, comme le soleil pour le jour et la nuit ; celles qui réchauffent, qui allument, qui consument jusqu’à la dernière braise, ne laissant de ce vif rouge ardent que des cendres sinistres qu’elles dispersent, cruelles, dans le vide infini, avec le souffle d’un dernier baiser envoyé avec la paume de leur main ; celles qui disparaissent vous laissant dans la nuit pour revenir rayonnantes rallumer le feu.
À moins que tu sois de celles qui, toujours au rythme du jour et de la nuit, vous gonflent et dégonflent le cœur tel un ballon de baudruche, jusqu’à ce qu’essoufflé et la peau distendue, il éclate en dizaines de morceaux.

Quoi qu’il en soit, tu as débarqué comme le soleil, éclairant tout mon être. Resteras-tu ? Et je ferai pareil.
Seras-tu comme la vague qui s’en va et s’en vient, détruisant au passage chacune de mes tentatives de la retenir ? Lassé, je n’aurai d’autre issue que de tout détruire tout seul, moi y compris.
Partiras-tu et laisseras-tu tout se tasser ? Pourquoi es-tu entrée ? Le goût de nos baisers est encore sur nos lèvres, la chaleur de ta peau encore sur mes mains, la mélodie de ta voix toujours dans la tête.

Vraiment, maintenant, je crains la nuit profonde.

Image de pxhere.com

Par la fenêtre de la cuisine…

Une épaisse couche de neige s’était accumulée durant les dernières heures, tout était recouvert. Les arbres avaient revêtu leur habit de dentelles et les rares petits oiseaux qui s’aventuraient dans leurs branches produisaient une multitude de petites explosions en nuage de poussière blanche. Voilà ce que j’observais par la fenêtre de la cuisine, un café dans une main, une clope dans l’autre.

Au départ, je ne voulais pas sortir. Non pas que je crains le froid, mais je ne voulais pas abîmer ce superbe manteau lisse avec les empreintes de mes pas. Le chat l’avait pourtant fait sans se gêner ; quelques traces, sur une courte distance. C’est un chat de salon, il n’apprécie pas de se mouiller les pattes.

La réserve de graines pour les oiseaux étant presque à sec, je suis finalement sorti pour l’approvisionner. Il neigeait encore légèrement. Ce qui m’a marqué, c’est le silence. C’est beau ce silence, on dirait presque que le monde s’arrête dans ces cas-là. J’ai remarqué aussi que les graines tombées de la mangeoire formaient comme un coeur et je me suis souvenu d’une vidéo ⎯ ou un dessin, je ne sais plus ⎯ vue sur Internet : un homme disposait en coeur les graines qu’il donnait aux oiseaux, juste en contrebas d’une fenêtre. En faisant ça, lorsque sa femme s’éveillait et regardait par la fenêtre de la chambre, elle voyait un tapis d’oiseaux en forme de coeur.

Je n’avais pas assez de graines pour former un tel tapis, alors j’ai dessiné un immense coeur dans la neige, j’ai dégagé jusqu’à l’herbe pour bien marquer le dessin.

Quand tu te réveilleras, ma belle, en regardant par la fenêtre de la cuisine, tu verras mon coeur. J’espère qu’il te plaira.