Publié dans Atelier d'écriture

Par la fenêtre de la cuisine…

Une épaisse couche de neige s’était accumulée durant les dernières heures, tout était recouvert. Les arbres avaient revêtu leur habit de dentelles et les rares petits oiseaux qui s’aventuraient dans leurs branches produisaient une multitude de petites explosions en nuage de poussière blanche. Voilà ce que j’observais par la fenêtre de la cuisine, un café dans une main, une clope dans l’autre.

Au départ, je ne voulais pas sortir. Non pas que je crains le froid, mais je ne voulais pas abîmer ce superbe manteau lisse avec les empreintes de mes pas. Le chat l’avait pourtant fait sans se gêner ; quelques traces, sur une courte distance. C’est un chat de salon, il n’apprécie pas de se mouiller les pattes.

La réserve de graines pour les oiseaux étant presque à sec, je suis finalement sorti pour l’approvisionner. Il neigeait encore légèrement. Ce qui m’a marqué, c’est le silence. C’est beau ce silence, on dirait presque que le monde s’arrête dans ces cas-là. J’ai remarqué aussi que les graines tombées de la mangeoire formaient comme un coeur et je me suis souvenu d’une vidéo ⎯ ou un dessin, je ne sais plus ⎯ vue sur Internet : un homme disposait en coeur les graines qu’il donnait aux oiseaux, juste en contrebas d’une fenêtre. En faisant ça, lorsque sa femme s’éveillait et regardait par la fenêtre de la chambre, elle voyait un tapis d’oiseaux en forme de coeur.

Je n’avais pas assez de graines pour former un tel tapis, alors j’ai dessiné un immense coeur dans la neige, j’ai dégagé jusqu’à l’herbe pour bien marquer le dessin.

Quand tu te réveilleras, ma belle, en regardant par la fenêtre de la cuisine, tu verras mon coeur. J’espère qu’il te plaira.

Publié dans Atelier d'écriture, Intime

Si « je » est une saison…

En premier lieu, spontanément, s’est imposé l’été, que “je” n’aime pas être. Quand “je” est tourmenté, oui, alors “je” devient l’été. Les chaudes journées, trop chaudes, qui finissent souvent en gros orages. La pluie lourde qui soulève la poussière des sols que le soleil a brûlés, dans une odeur amère caractéristique. Les éclairs qui claquent et qui allument les broussailles sèches qui n’ont rien demandé.
Oui, ça arrive au “je” d’être tourmenté mais “je” préfère être l’automne. L’harmonie des couleurs est tellement belle à voir ; de rouge feu à rouille en passant par le fauve et l’or. Bien sûr, il y a le ciel gris et désolé. C’est ce qu’on voit d’abord : le gris tout désolé. Mais si on prend la peine de regarder autrement, on voit les couleurs, la chaleur des couleurs et la richesse des couleurs. Vraiment. “Je” préfère l’automne.
Mais l’hiver ! L’hiver ! C’est en tout cas la saison qui le représente le plus pour l’instant. Quand tu es partie, cette saison a englobé son être. Tu vois les arbres dénudés, d’apparence sans vie, tristes ? Tu vois ? Un épais manteau a recouvert sa vie et l’a plongée dans un profond sommeil. Tout à l’intérieur s’est endormi, tout s’est mis en pause.
Aujourd’hui, tu sais, “je” commence à ressentir des petits bouillonnements, comme des petites fourmis qui s’agitent lorsque se réveille un membre “endormi” d’être resté trop longtemps à la même place. Il aime à penser que c’est le printemps qui s’amène, enfin. Un hiver de presque deux années, c’est long.
Tu ne sauras pas que le printemps frappe à sa porte. Sans doute ― et “je” l’espère ―, un autre printemps arrive aussi pour toi. “Je” ne le saura pas non plus. C’est mieux comme ça. Chacun vivra ses saisons à son rythme dans son coin, vous n’étiez pas synchrone de toute façon.
Alors, la prochaine étape, c’est le printemps. “Je” l’espère, “je” le sent, “je” le sait. “Je” l’attend.

de Pxhere.com