Elle

On ne peut pas dire qu’on soit proche. On ne peut pas dire qu’on soit inconnu. On est au milieu. Voilà, à presque égale distance des deux. Mais les deux à la fois aussi.

Proches parce qu’on se comprend, parce qu’on est habité par les mêmes craintes, les mêmes désespoirs. Ce sont les mêmes sujets qui nous hérissent et qui suscitent un début de rébellion.

Inconnus parce qu’on a tous les deux cette pudeur insurmontable, cette distance qu’il faut pour rester neutre face à l’autre. Il s’agit de faire attention si une trop grande complicité s’installe ! On ne saurait pas quoi faire avec ça.

Pourtant, elle reste fascinante. Sous ses airs mystérieux et lointains, elle peut être tellement familière. Tellement confidente, tellement conciliante, tellement généreuse, tellement indispensable en fait.

C’est le hasard qui me l’a apportée et je lui en suis grandement reconnaissant. Bien sûr, j’aurais très bien su faire sans elle, mais, maintenant que je la connais, ce sera très difficile de le faire. Impossible de faire sans ses avis tranchés, sans ses talents, sans sa grande gueule. La vie nous apporte parfois de ces personnes merveilleuses dont on ne pourrait se passer dès qu’on les croise.

Aussi, ce qui n’enlève rien à ce qu’elle est, elle est belle et intelligente, mais elle est tellement plus que ça que ce serait trop convenu, voire mal venu de le dire. Mais ce serait dommage quand même de ne pas vous dire comme elle est belle.

Elle doit juste être consciente de tout ce qu’elle est et de tout ce qu’elle peut donner aux gens proches qui la côtoient. Ça, ce sera plus long à lui faire comprendre, mais je ne rechignerai pas à la tâche.

Je l’aime comme elle est et c’est tout.

Publié dans Intime

Les antidépresseurs

J’ai fêté un anniversaire récemment. Tout seul, sans chichi, puisque personne n’était au courant. Ça a fait un an que je ne prends plus d’antidépresseurs ni d’anxiolytiques ni d’autres calmants. C’est l’occasion de faire un bilan de cette période difficile de ma petite vie.

Quand je dis que personne n’était au courant, ce n’est pas tout à fait vrai, il y avait évidemment quelques amis proches qui le savaient que j’étais « sous traitement » puisqu’ils m’avaient épaulé durant cette période. Mais ils n’étaient évidemment pas au courant du suivi médical ni des doses de médocs que je prenais — honnêtement, qui se soucie du nombre de médicaments que prend son ami ?

Lorsque je regarde en arrière, cette période noire me semble bel et bien passée. Avec les séances chez la psy, j’ai pu identifier ce qui m’avait foutu dans le trou et j’ai sans aucun doute fait des efforts pour remonter la pente petit à petit. Mais je ne sais toujours pas qu’est-ce qui a fait que tout à coup tout est devenu sombre et gris, sans l’espoir d’une petite éclaircie. Un petit peu de tout sûrement. D’ailleurs, est-ce bien nécessaire de revenir là-dessus ? Je ne crois pas. L’essentiel est que tout ce bordel émotionnel à l’intérieur de moi se soit sinon dissipé au moins remis en ordre.

Mais quand même, je trouve toujours étrange — et fascinant — ce mécanisme de l’esprit humain de tout plonger dans le noir lorsque les quotidiens deviennent trop lourds à porter. Ce n’était pas que mental d’ailleurs, le physique en a pris un coup aussi : grosse perte de poids due au manque d’appétit, corps à l’aspect abattu, cernes monstrueux à cause du manque de sommeil… et aussi alcoolisme pour noyer tout ça et m’assommer.

Au début, je ne voulais pas de médicaments pour traiter ce mal-être. Je croyais que ça allait faire de moi quelqu’un d’artificieusement heureux. Mais j’étais tellement abattu physiquement qu’il fallait quelque chose d’autre que la parole pour redresser ma vie. D’abord, ce sont les anxiolytiques et les autres calmants qui agissent. J’ai dormi beaucoup, mais j’ai pu grâce à eux retrouver un rythme normal — non, vraiment, s’endormir à 6 h du matin pour se réveiller à midi au moins, ça n’aidait pas à une vie normale. Surtout que j’étais en couple durant cette longue période sombre. Elle n’a pas su gérer le désastre, mais personne n’aurait pu gérer ça tout seul, je crois. Elle n’est pas non plus responsable de ma descente, ou alors très peu. Comme je l’ai écrit plus haut, ce mécanisme est complexe et j’étais une autre personne pas très charmante ni agréable à vivre. Au mieux, je peux la remercier d’être restée à mes côtés malgré tout, même si mes déboires l’ont poussée à s’éloigner par après.

Les antidépresseurs ont commencé à agir une vingtaine de jours après la première prise avec, à mon grand étonnement, aucune sensation d’euphorie artificielle. Puisque j’avais commencé les séances chez la psy entre temps, je commençais vraiment à me redresser. Physiquement aussi, mon corps avait repris une carrure normale, sans épaules avachies, sans tête rabaissée.

Les séances chez la psy ont été très vite fructueuses. Moi qui suis pourtant d’un naturel taiseux, j’ai pu exprimer tout mon mal-être et mon ressenti sans aucun jugement — c’est son boulot, je sais, mais je tiens quand même à la remercier.

Aujourd’hui, j’arrive donc à me passer des antidépresseurs pour vivre normalement. J’étais toujours sous traitement lorsque ma compagne (que j’évoquais plus haut) m’a quitté. J’ai vécu cette séparation comme n’importe quel couple qui se sépare, douloureusement évidemment, mais sans excès ni redescente aux enfers.

Alors, j’ai fêté cet anniversaire parce qu’il me tenait à cœur. Je vois le chemin parcouru, je vois les douleurs ancrées, mais éteintes, je vois ce que le monde a de plus beau.

Je ne peux pas dire que je suis sorti à tout jamais de la dépression, je sais que je peux être fragile. J’ai par contre les armes pour la contrer. Le tunnel n’a toujours pas d’éclaircie au bout, mais au moins je suis sûr maintenant qu’il y en aura.

Je sais que je peux compter sur mes quelques amis (il n’en faut pas plus) de toujours. Je sais aussi que je peux compter sur une amie en particulier. Mais le mot « amie » est faible, elle est ce qu’il y a de meilleur dans ce monde, elle est surtout ce qu’il y a de meilleur pour moi. Je veux maintenant lui donner le meilleur de moi, j’en suis désormais capable.

On ne vit qu’une fois et c’est déjà bien assez.


Je ne suis pas quelqu’un pour toi

Je ne suis pas quelqu’un pour toi.

Je ne suis pas fiable, je ne suis pas sain, je ne suis pas constant, je ne suis pas bien.

Je suis dans mon monde et si jamais tu veux en faire partie, un jour, je ferais certainement en sorte que tu t’y sentes mal à l’aise. C’est instinctif, c’est une arme de défense : je ne te donnerai jamais l’occasion d’utiliser contre moi ce qu’il y a en moi au plus profond.

Bien sûr, je vais t’aimer, tu te sentiras importante, comme une princesse, au début. Mais tu devras me dompter, dompter mes envies subites, mes besoins d’aventures nouvelles, etc, etc. Je sais comment je fonctionne depuis le temps. Pas de projets, rien que des décisions subites que l’on pourrait dire égoïstes même.

Bien sûr, rien ne sera pareil d’un jour à l’autre, on rigolera, on pleurera, on profitera sans penser à demain. Sans doute cet aspect aspect sera agréable, mais rien ne garantit que ce sera comme ça tous les jours.

Bien sûr, je serai amoureux, mais possessif et jaloux, tu seras tout pour moi jusqu’à ce que tu mettes en doute tout ça. Et tu souffriras.

Non, vraiment, je ne suis pas quelqu’un pour toi.

Evite-moi, fuis-moi, ne me choisis pas.

Publié dans Intime

Tout nous oppose

Il est étrange ce lien qui nous assemble. Il est fort ce lien qui nous rapproche. Il est beau mais très difficile à expliquer. Il est obscur et mystérieux.

Il est étrange parce que tout nous oppose. Tu veux du thé, moi du café. Tu aimes le chaud, je préfère le froid. Tu es tactile, “ne me touchez pas !” Tu es naïve, je suis défiant.

Tu es très volubile, moi, il faut quasiment me sortir les mots de la bouche. (C’est vrai que tu es très bavarde, il faut l’avouer. Tu parles pour deux, mais ça me va. Et puis, je déteste le silence.)

Tu aimes l’ordre et le prévisible, et c’est difficile de t’initier au moindre changement. Pour moi, c’est l’imprévu qui rythme le pouls. Et même, je voudrais être le grain de sable qui enraye ton mécanisme, qui modifie le cours des choses juste pour que tu aies le plaisir de voir ce que ça donne. Le revers de la médaille, c’est l’impossibilité pour moi de songer à une vie bien rangée, tranquille, pépère, dans laquelle tout est prévu jusqu’à la couleur du papier peint de la chambre dans quinze ans. Je pourrais décider demain matin de partir à l’aventure, un road trip sans connaître ni durée ni direction, alors que toi, tu as déjà réservé tes vacances pour l’année prochaine.

Tout nous oppose, oui mais pourtant… tu es la belle, MA belle, je suis la bête. Je suis le ciel, tu es la terre. Je suis le sujet, tu es le verbe. Moi, sel, toi poivre, noir et blanc, vanille et chocolat, Tic et Tac, etc. Il y a encore des tas d’exemples d’inséparables comme ceux-là. Ce que je veux dire, c’est que l’un ne va pas sans l’autre. L’un n’a même aucune raison d’être sans l’autre. Une symétrie axiale : les figures sont opposées, avec l’axe qui les sépare, mais elles sont semblables. Tu es l’air et je suis feu, et quoi qu’il en soit, l’une attise l’autre et vice-versa. C’est même intense d’imaginer la puissance en nous combinant à l’extrême : une tornade de feu, jusqu’au nuage de feu où même des éclairs se produisent. Rien ne nous arrêterait. Imagine comme ce serait intense ! Ça l’est déjà en fait parce que… tu aimes le chaud et moi le froid. On va chercher dans l’autre ce dont on a besoin dans une parfaite réciprocité, en symbiose.

Alors, ma belle, reste volubile, au sens botanique du terme. Je serai ton support. Ce sera ma raison d’être, ma raison de vivre, en fonction de toi. Je serai ton support. Mais promets-moi d’inverser les rôles de temps à autre pour que moi aussi je puisse m’enrouler autour de toi et t’envelopper.

Publié dans Atelier d'écriture

Par la fenêtre de la cuisine…

Une épaisse couche de neige s’était accumulée durant les dernières heures, tout était recouvert. Les arbres avaient revêtu leur habit de dentelles et les rares petits oiseaux qui s’aventuraient dans leurs branches produisaient une multitude de petites explosions en nuage de poussière blanche. Voilà ce que j’observais par la fenêtre de la cuisine, un café dans une main, une clope dans l’autre.

Au départ, je ne voulais pas sortir. Non pas que je crains le froid, mais je ne voulais pas abîmer ce superbe manteau lisse avec les empreintes de mes pas. Le chat l’avait pourtant fait sans se gêner ; quelques traces, sur une courte distance. C’est un chat de salon, il n’apprécie pas de se mouiller les pattes.

La réserve de graines pour les oiseaux étant presque à sec, je suis finalement sorti pour l’approvisionner. Il neigeait encore légèrement. Ce qui m’a marqué, c’est le silence. C’est beau ce silence, on dirait presque que le monde s’arrête dans ces cas-là. J’ai remarqué aussi que les graines tombées de la mangeoire formaient comme un coeur et je me suis souvenu d’une vidéo ⎯ ou un dessin, je ne sais plus ⎯ vue sur Internet : un homme disposait en coeur les graines qu’il donnait aux oiseaux, juste en contrebas d’une fenêtre. En faisant ça, lorsque sa femme s’éveillait et regardait par la fenêtre de la chambre, elle voyait un tapis d’oiseaux en forme de coeur.

Je n’avais pas assez de graines pour former un tel tapis, alors j’ai dessiné un immense coeur dans la neige, j’ai dégagé jusqu’à l’herbe pour bien marquer le dessin.

Quand tu te réveilleras, ma belle, en regardant par la fenêtre de la cuisine, tu verras mon coeur. J’espère qu’il te plaira.