Publié dans Intime

Les antidépresseurs

J’ai fêté un anniversaire récemment. Tout seul, sans chichi, puisque personne n’était au courant. Ça a fait un an que je ne prends plus d’antidépresseurs ni d’anxiolytiques ni d’autres calmants. C’est l’occasion de faire un bilan de cette période difficile de ma petite vie.

Quand je dis que personne n’était au courant, ce n’est pas tout à fait vrai, il y avait évidemment quelques amis proches qui le savaient que j’étais « sous traitement » puisqu’ils m’avaient épaulé durant cette période. Mais ils n’étaient évidemment pas au courant du suivi médical ni des doses de médocs que je prenais — honnêtement, qui se soucie du nombre de médicaments que prend son ami ?

Lorsque je regarde en arrière, cette période noire me semble bel et bien passée. Avec les séances chez la psy, j’ai pu identifier ce qui m’avait foutu dans le trou et j’ai sans aucun doute fait des efforts pour remonter la pente petit à petit. Mais je ne sais toujours pas qu’est-ce qui a fait que tout à coup tout est devenu sombre et gris, sans l’espoir d’une petite éclaircie. Un petit peu de tout sûrement. D’ailleurs, est-ce bien nécessaire de revenir là-dessus ? Je ne crois pas. L’essentiel est que tout ce bordel émotionnel à l’intérieur de moi se soit sinon dissipé au moins remis en ordre.

Mais quand même, je trouve toujours étrange — et fascinant — ce mécanisme de l’esprit humain de tout plonger dans le noir lorsque les quotidiens deviennent trop lourds à porter. Ce n’était pas que mental d’ailleurs, le physique en a pris un coup aussi : grosse perte de poids due au manque d’appétit, corps à l’aspect abattu, cernes monstrueux à cause du manque de sommeil… et aussi alcoolisme pour noyer tout ça et m’assommer.

Au début, je ne voulais pas de médicaments pour traiter ce mal-être. Je croyais que ça allait faire de moi quelqu’un d’artificieusement heureux. Mais j’étais tellement abattu physiquement qu’il fallait quelque chose d’autre que la parole pour redresser ma vie. D’abord, ce sont les anxiolytiques et les autres calmants qui agissent. J’ai dormi beaucoup, mais j’ai pu grâce à eux retrouver un rythme normal — non, vraiment, s’endormir à 6 h du matin pour se réveiller à midi au moins, ça n’aidait pas à une vie normale. Surtout que j’étais en couple durant cette longue période sombre. Elle n’a pas su gérer le désastre, mais personne n’aurait pu gérer ça tout seul, je crois. Elle n’est pas non plus responsable de ma descente, ou alors très peu. Comme je l’ai écrit plus haut, ce mécanisme est complexe et j’étais une autre personne pas très charmante ni agréable à vivre. Au mieux, je peux la remercier d’être restée à mes côtés malgré tout, même si mes déboires l’ont poussée à s’éloigner par après.

Les antidépresseurs ont commencé à agir une vingtaine de jours après la première prise avec, à mon grand étonnement, aucune sensation d’euphorie artificielle. Puisque j’avais commencé les séances chez la psy entre temps, je commençais vraiment à me redresser. Physiquement aussi, mon corps avait repris une carrure normale, sans épaules avachies, sans tête rabaissée.

Les séances chez la psy ont été très vite fructueuses. Moi qui suis pourtant d’un naturel taiseux, j’ai pu exprimer tout mon mal-être et mon ressenti sans aucun jugement — c’est son boulot, je sais, mais je tiens quand même à la remercier.

Aujourd’hui, j’arrive donc à me passer des antidépresseurs pour vivre normalement. J’étais toujours sous traitement lorsque ma compagne (que j’évoquais plus haut) m’a quitté. J’ai vécu cette séparation comme n’importe quel couple qui se sépare, douloureusement évidemment, mais sans excès ni redescente aux enfers.

Alors, j’ai fêté cet anniversaire parce qu’il me tenait à cœur. Je vois le chemin parcouru, je vois les douleurs ancrées, mais éteintes, je vois ce que le monde a de plus beau.

Je ne peux pas dire que je suis sorti à tout jamais de la dépression, je sais que je peux être fragile. J’ai par contre les armes pour la contrer. Le tunnel n’a toujours pas d’éclaircie au bout, mais au moins je suis sûr maintenant qu’il y en aura.

Je sais que je peux compter sur mes quelques amis (il n’en faut pas plus) de toujours. Je sais aussi que je peux compter sur une amie en particulier. Mais le mot « amie » est faible, elle est ce qu’il y a de meilleur dans ce monde, elle est surtout ce qu’il y a de meilleur pour moi. Je veux maintenant lui donner le meilleur de moi, j’en suis désormais capable.

On ne vit qu’une fois et c’est déjà bien assez.