Publié dans Histoire des mots, Intime

La passiflore

Détails de la fleur

La passiflore est une plante originaire d’Amérique du Sud (Amazonie). Passiflora est un genre de plantes regroupant plus de 500 espèces de la famille des Passifloracées.

Passiflora caerulea (pour la Passiflore bleue), avec ses fleurs magnifiques et spectaculaires, est la plante ornementale la plus cultivée dans nos régions tempérées.

L’espèce officinale (P. incarnata) est connue en phytothérapie pour fournir un remède contre les insomnies. Elle aurait également des vertus anxiolytiques, notamment pour gérer les syndrome d’abstinence, le manque et l’anxiété qu’ils génèrent lors du sevrage aux addictions (alcoolisme ou tabagisme, par exemple).

La grenadille (P. edulis) porte un fruit comestible, appelé fruit de la passion ou maracuja, dont le jus, légèrement acidulé mais délicieux, rentre dans la composition de nombreuses préparations (jus, sorbet…).

Son nom est issu du latin scientifique passiflora, formé par les éléments passi- (de passio,-onis = passion*) et -flora (de flos, floris = fleur), littéralement “fleur de la passion”. Elle fut ainsi nommée par les missionnaires Jésuites, chargés d’évangéliser les indigènes après la découverte de l’Amérique par les Espagnols. Ils voyaient en cette fleur tous les symboles pour leur enseigner la Passion du Christ :

  • les nombreux filaments disposés en cercle rappellent la couronne d’épines portée par le Christ ;
  • les trois pointes du pistil rappellent les trois clous de la Croix ;
  • les cinq étamines rappellent les cinq plaies du Christ.
Les différentes parties de la plante utilisées pour symboliser la Passion du Christ

Et même, en allant plus loin :

  • les dix pétales rappellent dix des douze apôtres du Christ (Judas et Pierre étant absents : l’un L’a trahi, l’autre L’a renié) ;
  • les feuilles élancées et pointues rappellent la lance qui a percé le flanc du Christ ;
  • les vrilles qu’utilise la plante pour s’accrocher rappellent le fouet et la flagellation.

Et en allant encore plus loin :

  • la trentaine de taches sombres présentes à l’intérieur de la fleur rappelle les 30 pièces d’argent reçues par Judas pour sa trahison ;
  • la couleur blanche et la couleur bleue de la fleur représentent la pureté et le ciel ;
  • les bractées de la passiflore représentent la Trinité.
Bractées de la passiflore : trois qui ne forment qu’un

“Pourquoi la passiflore ?” me diras-tu. Parce que voilà là ma fleur préférée. D’abord parce que, sous ses apparences simples au premier regard lointain, elle se révèle complexe ― compliquée ? ― et originale. Et puis parce qu’elle me représente parfaitement dans les symboles qu’elle véhicule ou dans son fonctionnement.

C’est une plante grimpante et résistante. Grâce à ses vrilles, elle peut très facilement s’attacher. De là à dire la même chose de moi, il n’y a qu’un pas mais je dirais plutôt que si l’attachement est là, il devient très tenace, difficilement destructible.

C’est une fleur bleue (=caerulea, en latin), elle évoque ainsi un être naïvement mais tendrement romantique. Aussi dans le langage des fleurs évoque-t-elle l’amour passionnément intense.

Comme indiqué plus haut, elle est utilisée contre les insomnies mais cette fleur ne se ferme pas la nuit, elle continue de veiller dans l’obscurité (pour info, le terme exact en botanique, c’est nyctinastie, mouvement de veille et de sommeil dans le langage populaire). Elle agit sur les autres en les apaisant mais elle est incapable de le faire pour elle-même, c’est un comble.

Si cette fleur gagne la course au soleil, elle peut trouver toutes les ressources nécessaires pour fortement durcir ses feuilles et les rendre alors non comestibles par les jeunes chenilles. De plus, elle est capable de produire un nectar “spécial fourmis”; ces dernières occupent la plante qui devient une zone vitale et chassent tous les intrus. Naturellement donc, elle dissuade les parasites et attire autour d’elle des défenseurs.

Enfin, si la fleur de la passion est extrêmement florifère ― et parfumée ―, chacune de ses fleurs ne durent qu’un à trois jours. Florifère mais éphémère… voici une intéressante caractéristique. Par définition sans avenir, l’éphémère ne mène pourtant pas à rien. Chaque jour est un renouveau, apporte son lot de curiosités. Si l’on a besoin de constance, de repères inscrits dans le temps pour construire sa vie, l’on a besoin de fraîcheur pour ne pas s’enliser. Et ces fleurs éphémères qui éclosent petit à petit sont autant d’idées qui surgissent dans la tête, idées certes de courte durée mais toujours en très grand nombre. C’est dans ce flux et dans sa quantité que l’on y trouve la constance. Je pars dans tous les sens, tout éveille ma curiosité et l’on pourrait croire qu’au final je ne me fixe sur rien du tout. Mais je reste persuadé qu’il est possible de construire quelque chose avec ces briques différentes, quelque chose de valable, quelque chose de durable.

*Passion : ce mot mérite un article à lui-seul. Dans ce contexte assez négatif, la passion évoque la souffrance (celle du Christ) et le fait de la subir. Mais lorsqu’elle est associée à l’amour, la passion peut devenir intense et parfois positive. Rendez-vous prochainement autour de ce puissant mot.