Si je pouvais revenir en arrière

Franchement, si je pouvais revenir en arrière, si je pouvais rembobiner ma vie, si j’avais ce pouvoir, je ne l’utiliserais pas pour changer quelques petits détails ou pour modifier quelques bêtises qui auront un impact sur ma vie actuelle. Peut-être que certains voudraient agir ainsi, moi non. Je changerais vraiment tout, je ferais quelque chose de différent. 

Et je sais très bien à quel moment je retournerais : avant que tu ne rencontres ton futur mari. Evidemment, à ce moment-là, on ne se connaîtrait pas, aucun de nous deux n’aurait conscience de l’existence de l’autre. Mais je trouverais le moyen de te rencontrer, de faire ta connaissance, de te draguer et enfin de t’avoir à mes côtés.

Franchement, si j’avais ce pouvoir de refaire ma vie, je la ferais avec toi. Tu te marierais quand même, tu aurais certainement aussi un ou des enfants. Mais moi, je ne m’enliserais pas dans cette vie sans goût, loin de toi.

Franchement, si je le pouvais, je te ferais mienne.

Franchement, si je le pouvais, je changerais tout.

Oh ! Mais…? Ce pouvoir-là, je l’ai !

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Elle

On ne peut pas dire qu’on soit proche. On ne peut pas dire qu’on soit inconnu. On est au milieu. Voilà, à presque égale distance des deux. Mais les deux à la fois aussi.

Proches parce qu’on se comprend, parce qu’on est habité par les mêmes craintes, les mêmes désespoirs. Ce sont les mêmes sujets qui nous hérissent et qui suscitent un début de rébellion.

Inconnus parce qu’on a tous les deux cette pudeur insurmontable, cette distance qu’il faut pour rester neutre face à l’autre. Il s’agit de faire attention si une trop grande complicité s’installe ! On ne saurait pas quoi faire avec ça.

Pourtant, elle reste fascinante. Sous ses airs mystérieux et lointains, elle peut être tellement familière. Tellement confidente, tellement conciliante, tellement généreuse, tellement indispensable en fait.

C’est le hasard qui me l’a apportée et je lui en suis grandement reconnaissant. Bien sûr, j’aurais très bien su faire sans elle, mais, maintenant que je la connais, ce sera très difficile de le faire. Impossible de faire sans ses avis tranchés, sans ses talents, sans sa grande gueule. La vie nous apporte parfois de ces personnes merveilleuses dont on ne pourrait se passer dès qu’on les croise.

Aussi, ce qui n’enlève rien à ce qu’elle est, elle est belle et intelligente, mais elle est tellement plus que ça que ce serait trop convenu, voire mal venu de le dire. Mais ce serait dommage quand même de ne pas vous dire comme elle est belle.

Elle doit juste être consciente de tout ce qu’elle est et de tout ce qu’elle peut donner aux gens proches qui la côtoient. Ça, ce sera plus long à lui faire comprendre, mais je ne rechignerai pas à la tâche.

Je l’aime comme elle est et c’est tout.

Suspendre le temps

Je suis sûr qu’il y a quelque part dans le monde, dans un labo miteux, dans une cave sombre ou dans une pièce quelconque, mais un peu glauque, des scientifiques, des savants fous et des amateurs férus d’expériences farfelues qui cherchent à trouver une potion, une formule ou un moyen physique pour suspendre le temps ; pour en profiter plus ou avec des intentions peut-être un peu moins nobles.

J’ai la chance de connaître une ou deux personnes qui ont cette faculté de suspendre le temps. En les côtoyant, elles créent une sorte de bulle, une sphère magique dans laquelle le temps n’existe plus, dans laquelle tout est beau. Ce n’est pas l’amour. Ce n’est pas de la magie. Ce n’est pas de la douceur ou de la bonté. C’est tout ça en même temps. Leurs mots, leurs gestes, tout leur être bloquent le temps. Elles me transportent. Elles ne savent même pas qu’elles possèdent ce pouvoir.

Ces belles et rares personnes, je les garde précieusement et jalousement. Qui sait ce qu’il pourrait arriver si jamais un jour un fou découvre leurs talents…

Je ne suis pas quelqu’un pour toi

Je ne suis pas quelqu’un pour toi.

Je ne suis pas fiable, je ne suis pas sain, je ne suis pas constant, je ne suis pas bien.

Je suis dans mon monde et si jamais tu veux en faire partie, un jour, je ferais certainement en sorte que tu t’y sentes mal à l’aise. C’est instinctif, c’est une arme de défense : je ne te donnerai jamais l’occasion d’utiliser contre moi ce qu’il y a en moi au plus profond.

Bien sûr, je vais t’aimer, tu te sentiras importante, comme une princesse, au début. Mais tu devras me dompter, dompter mes envies subites, mes besoins d’aventures nouvelles, etc, etc. Je sais comment je fonctionne depuis le temps. Pas de projets, rien que des décisions subites que l’on pourrait dire égoïstes même.

Bien sûr, rien ne sera pareil d’un jour à l’autre, on rigolera, on pleurera, on profitera sans penser à demain. Sans doute cet aspect aspect sera agréable, mais rien ne garantit que ce sera comme ça tous les jours.

Bien sûr, je serai amoureux, mais possessif et jaloux, tu seras tout pour moi jusqu’à ce que tu mettes en doute tout ça. Et tu souffriras.

Non, vraiment, je ne suis pas quelqu’un pour toi.

Evite-moi, fuis-moi, ne me choisis pas.

Quand tu danses

Goldman chante :

“J’ai fait la liste de ce que qu’on ne sera plus”

“Mais que deviennent les amoureux perdus ?”

“Amis non, ni amants, étrangers non plus”

“Mais quel après après s’être appartenu ?”
(dans “Quand tu danses”, album En passant, 1997)

Dieu sait combien je l’ai écoutée cette chanson, comment ses mots ont résonné et m’ont tiré des larmes. Et ces questions… sur le moment, je voulais que quelqu’un y réponde absolument, pour que je sache à quoi m’attendre, pour que je ne reste pas là comme un con à ne plus savoir quoi faire. Tu ne m’aidais pas non plus. Du haut de ton indifférence naissante, de ta présence lointaine si proche et réconfortante autrefois, tu m’observais et tu ne savais pas répondre à ces questions non plus. C’est ça que tu voulais de toutes façons : partir sans te retourner, sans regrets.

Je sais maintenant y répondre en partie. Amis ? Non. Amants ? Sûrement pas. Etrangers ? Oui. Il n’y a pas d’après. Après s’être appartenu, on ne s’appartient plus et c’est tout. Bien sûr, au tout début, je regardais d’un oeil, au loin ou par l’intermédiaire des autres, ce que tu faisais. Il y a une sorte de bienveillance qui survit aux cendres et qui traîne un peu hagarde. Je crois qu’on reste un peu attentif au devenir de l’autre, on ne voudrait pas qu’il sombre.

Et pourtant moi, j’ai sombré. “N’être plus rien après tant, c’est pas juste”. Ces mots qui rimaient avec toujours comme autant de promesses, ces gestes… rien n’avait jamais existé pour toi, ni par la force des choses pour moi. Nous deux seuls étions les témoins de ces années en commun. Puisque toi tu as tout zappé, pourquoi, pour qui devrais-je encore m’en rappeler ? Ce qui reste ancré à présent, c’est le mal que ça fait de tout perdre.

Ça rend même inutile toute relation future. J’ai maintenant un coeur qui n’aimera plus. Les “toujours”, les “jamais”, les promesses de toute une vie ensemble, les “nous deux, c’est différent” (pour citer à nouveau Goldman) sont devenus tellement ridicules.

Je te l’avais pourtant dit, mon ange : “c’est toi ou personne d’autre”. Tu ne m’as pas cru.

“Quand tu danses, y songes-tu ?”